Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Rapport de la CRC sur le 104

Mme Danielle SIMONNET. – Déjà, ce qui est une très bonne chose, c’est que tout le monde se félicite du succès artistique et culturel du Centquatre.

Ces hauts fourneaux culturels sur des anciennes pompes funèbres, voilà un lieu de création et de production qui en fait vraiment un établissement inédit, pas simplement pour le 19e mais pour l’ensemble de la Capitale, parce que justement, c’est un établissement culturel pour l’ensemble de la Capitale. Je continue à penser que ses moyens ne doivent pas dépendre de la démarche du budget participatif ni du 19e ni de tout Paris, parce que cela doit être dans le cœur du financement de nos politiques culturelles, à mon sens.

Concernant ce rapport de la Chambre régionale des comptes, finalement, voilà les réflexions qu’il pourrait nous susciter.

Je pense que cela pourrait être intéressant de réfléchir vraiment sur une dissociation des aspects commerciaux du lieu de ceux de l’action culturelle et artistique du lieu. Ce serait un objectif sensé de dissocier les deux, parce que, finalement, le statut d’E.P.C.C. est apparu comme non adapté, notamment en raison de la nécessité d’exploitation commerciale. Un statut associatif, comme nombre d’établissements culturels, serait sans doute plus adapté, mais en sortant de son périmètre ce qui ressort de l’exploitation commerciale des lieux, qui pourrait être transféré directement aux services municipaux ou à une régie. Parce qu’en fait, mélanger de la location commerciale d’espace et un projet de démocratisation culturelle, est, je trouve, assez contradictoire.

Je pense qu’il devrait y avoir une dissociation de ces deux types d’activité : donc, l’aspect commercial avec une régie directe et, ensuite, l’aspect culturel et artistique porté par le statut associatif. Voilà. Une régie qui gère les questions commerciales et une association pour traiter le projet culturel et artistique. Cette association vivant ainsi de subventions et de la billetterie des spectacles. Mais elle serait ainsi libérée de l’obligation d’équilibre financier. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, une gestion raisonnable, qui devrait aussi, d’ailleurs, inclure la question des salaires directoriaux.

D’autres conseillers de Paris ont parlé du salaire de M. GONÇALVES. Ce serait aussi, par ailleurs, l’occasion, mais bon, peut-être que dans un Conseil de Paris, je vous ferai le don d’un vœu sur la question des salaires des directeurs d’administrations parisiennes et de sociétés d’économie mixte, et aussi de ces établissements-là qui me semblent quand même élevés. Même s’ils restent dans le ratio de 1 à 12, ils me semblent élevés.

Deuxième sujet de réflexion : autour du mécénat. Finalement, ce rapport montre bien qu’il y a un problème parce qu’on ne peut pas faire dépendre le financement d’un établissement du mécénat, parce que cela ne garantit en rien la pérennité de l’action culturelle, puisque les mécènes peuvent se désengager quand ils le veulent, d’une part. Et puis, je rappelle, d’autre part, qu’en France, entre les avoirs fiscaux payés par les contribuables et les contreparties, il y a un souci. Le mécénat, oui, mais si c’était un mécénat comme en Allemagne ou aux U.S.A., qui est déductible des actifs des entreprises ou des revenus des privés, mais pas ce mécénat à la française. Je rappelle qu’on le doit à M. AILLAGON, le conseiller de M. PINAULT, avec des avoirs fiscaux qui représentent plus de deux tiers du don.

Comment ? Oui, mais j’aime bien le refaire. Si, parce qu’il y a toujours… Excusez-moi, relisez le rapport de la C.R.C. La question du mécénat, dans la question du financement du lieu, n’est pas absente. Voilà. Or, j’estime qu’on a toujours une réflexion à avoir sur le mécénat et je vous invite toujours à être critique sur le mécénat. Je vais vous donner un exemple concret : une entreprise qui donne 10.000 euros. En fait, pour 10.000 euros donnés, il y a 6.000 euros d’avoirs fiscaux, 2.500 euros de contrepartie réellement donnés pour se faire de la “pub”. Donc, en fin de compte, c’est 1.500 euros. Donc il y a quand même un problème, je vous assure. Il y a quand même une réflexion raisonnable à avoir sur nos politiques publiques au niveau artistique et le rapport avec le mécénat. Ce type de mécénat, dans la loi AILLAGON, je continuerai à en parler.

Dernière source de réflexion : la question de la gouvernance démocratique. L’association resserrée sur son projet culturel permettrait, par ailleurs, véritablement, d’associer tous les acteurs publics, artistiques, qui peuvent et doivent être partie prenante de la gouvernance, avec la tutelle de la Ville qui pourrait ainsi s’exercer de manière beaucoup plus claire et franche.

Voilà les réflexions que me suscite ce rapport de la Chambre régionale des comptes sur le Centquatre.

Je vous remercie.