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"À Paris, place au peuple !"

Question d’actualité sur l’hébergement d’urgence des jeunes isolés étrangers

Mme Danielle SIMONNET. – Merci, Madame la Maire.

Je sais que la Ville de Paris ne cesse de se mobiliser et au-delà de ses responsabilités concernant l’hébergement d’urgence car, rappelons-le, l’hébergement d’urgence relève de la responsabilité de l’Etat. Néanmoins, les jeunes mineurs à la rue relèvent de la compétence du Département. Aussi, face à l’urgence humanitaire, l’heure n’est pas à se renvoyer la patate chaude mais bien à agir, à agir vite et à la hauteur des besoins.

D’ores et déjà, chaque soir, 300 places sont accordées à des mineurs, mais force est de constater que cela ne suffit pas. Cette question d’actualité, je la fais suite à une interpellation d’associations et de militants associatifs du 20e et plus globalement de l’Est parisien.

Lundi soir, suite à des signalements d’associations impliquées aux côtés des mineurs isolés étrangers, la coordination des maraudes avait indiqué qu’une maraude passerait à l’A.D.J.I.E., avenue de Flandres, pour mettre à l’abri une quarantaine de mineurs qui dorment à la rue. La maraude composée de deux personnes est finalement passée mais vers 23 heures 30 avec les sacs de couchage car il n’y avait plus de place. La maraude n’avait plus de propositions à formuler. Entre-temps, les jeunes qui attendaient déjà depuis des heures venaient de repartir dans le froid pour la plupart, et on ne sait où.

Nombre de jeunes âgés environ de 16 ans sont donc repartis sans hébergement dans le froid extrême. Certains sont pourtant en cours de procédure pour reconnaître leur minorité. Les associations nous signalent d’ailleurs qu’il y a beaucoup d’autres jeunes dans la même situation.

Dans le cadre du Plan Grand froid, les gymnases sont réquisitionnés mais il est interdit, comme vous le savez, de mettre à l’abri des mineurs avec des majeurs : ces jeunes sont donc exclus des dispositifs existants. Un lieu spécifique supplémentaire doit être mis à disposition pour les mettre à l’abri.

C’est l’objet de ma question d’actualité, Madame la Maire, et je sais que c’est un thème auquel vous êtes tout à fait sensible. On ne peut attendre le recensement des jeunes avant de calibrer ce nouveau lieu parce que, pour la plupart, ces jeunes sont dispersés.

Mais l’ouverture d’un lieu pour eux permettrait aux associations de leur proposer d’y trouver refuge. En tout cas, bon nombre d’associations nous disent qu’elles ne sont pas en capacité aujourd’hui de regrouper les jeunes mais si ce lieu existe, dès ce soir, elles pourront orienter les jeunes en direction de ce lieu.

Il nous faut agir vite parce qu’une seule nuit à la rue met en danger ces jeunes mineurs et nous sommes hors la loi. Notre Département a l’obligation non pas de remplir une quantité de mises à l’abri, mais de mettre tout jeune mineur à l’abri, y compris si nous n’avons pas encore démontré leur minorité, parce qu’il y a au contraire une présomption de minorité qui doit absolument préexister, comme nous le rappelle régulièrement le Défenseur des droits.

Madame la Maire, je termine.

Envisagez-vous l’ouverture d’un ou plusieurs gymnases supplémentaires afin de mettre à l’abri ces jeunes isolés étrangers ? Plus largement quels sont les dispositifs que la Ville met en place avec les services de l’Etat pour répondre jour après jour aux besoins d’hébergement d’urgence remontés par les maraudes sociales ? Quels dispositifs spécifiques envisage-t-elle pour les mineurs ? Je sais que certaines choses ont déjà été dites précédemment dans cette Assemblée, notamment tout le dispositif pour la Nuit de la solidarité, mais il est important à chaque fois de faire un rappel.

Et aussi quelles sont les possibilités pour les mairies d’arrondissement à un moment donné de prendre l’initiative de réquisitionner plus de gymnases afin de ne pas laisser les jeunes à la rue quand la situation se pose même à 22 heures ?

 

Mme Danielle SIMONNET. – Très succinctement, je m’étonne, Madame VERSINI, que vous puissiez être sûre que les jeunes qui étaient concernés par le témoignage que je vous relate concernant hier soir, étaient effectivement majeurs. Comment pouvez-vous en être certaine ? Je suis assez surprise de cela puisque les associations, elles, dans les témoignages qu’elles nous transmettent, nous font état d’une quarantaine de jeunes plutôt âgés de 16 ans. Donc, je suis plutôt désagréablement surprise par votre réponse à ce niveau-là.

Par contre, je suis agréablement surprise par votre réponse lorsque vous prenez l’engagement pour qu’un centre, et vous l’espérez, puisse ouvrir dès ce soir afin que, dès ce soir, nous l’espérons toutes et tous, les associations puissent pouvoir orienter les jeunes et les mettre à l’abri. C’est ce résultat qui compte et qu’il y ait une vraie volonté de prendre en compte la vulnérabilité des jeunes, qu’ils soient mineurs ou majeurs, afin que l’on ait des réponses qui leur soient adaptées.

Néanmoins, je vous transmettrai une lettre que j’ai vu circuler de la part de vos services sur un jeune, qui démontrait que ce jeune était forcément majeur alors que, pour le coup, il n’y avait absolument aucun élément qui leur permettait de l’attester, mis à part un commentaire très subjectif des services sur la maturité du comportement du jeune qui prouvait qu’il était forcément majeur.

Je vous le dis : vraiment, il y a quand même un vrai problème. Je sais qu’il y a une difficulté, y compris du point de vue du budget de la Ville, de pouvoir répondre sur la mise à l’abri et la prise en charge de 1.500 jeunes, plus 300 qui arrivent, plus un nombre qui est croissant de jeunes mineurs. Pour autant, notre obligation d’assumer nos responsabilités ne doit souffrir d’aucune restriction subjective.