Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Programme Data City

Mme Danielle SIMONNET. – La Ville de Paris a été pionnière dans la politique d’ouverture des données en lançant dès 2010 sa plateforme d’open data. Oui, il faut rendre accessible à tous les données structurées sous licence libre, favoriser leur utilisation et générer de nouveaux usages.

Quand on a dit cela – c’est la phrase de la délibération -, il y a néanmoins des interrogations et des bémols. D’abord, on souhaiterait favoriser l’ouverture des données d’intérêt général détenues également par les acteurs privés ou parapublics. Je pense que la Ville doit avoir une action, notamment par exemple vis-à-vis d’Enedis EDF, puisque c’est encore tenu à 85 % par l’Etat ; il y a pas mal de données qui devraient être utilisables. On devrait avoir ce rapport-là et pas uniquement dans le cadre de projets ponctuels comme “DataCity”. Je pense que sur cette exemplarité de la Ville sur ses propres données, on doit interpeller les autres partenaires là-dessus, mais je pense que vous partagerez mon propos à ce sujet.

On doit par contre considérer, et c’est dit, je crois, à un moment donné dans la délibération, qu’il y a un cadre C.N.I.L. à respecter sur les données. On n’est pas en train d’organiser à travers le big data le Big Brother. Or on sait que l’on a aussi toutes les données des caméras de vidéosurveillance. On reprend tous les débats que nous avons eus sur la vidéosurveillance mais vous savez mon opposition à ce sujet. Il faut faire attention, car on sait qu’il peut y avoir des projets qui cherchent à collecter et traiter des données pouvant être issues d’une forme de profilage ou de géomarketing, avec la volonté de propositions de services pas nécessairement gratuits et publics, qui vont exploiter des localisations de téléphones d’utilisateurs en vue d’une approche commerciale.

La question des données et de la finalité de leur utilisation, est-ce une finalité d’intérêt général ou une finalité commerciale ? C’est une question centrale. La ville intelligente, est-elle faite pour qu’à un moment donné des “start-up” se fassent du beurre sur le dos des données mises en partage, ou est-elle faite par le biais d’innovations pour créer des progrès en termes de services qui répondent à l’intérêt général ? C’est une vraie question que la finalité.

Je pense donc qu’il faudrait aller un peu plus loin dans la sécurisation et la confidentialité des données échangées, afin de les préserver aussi des intérêts lucratifs ; cela me semble important.

Du coup, j’en arrive à un autre point. Vous parlez du pôle N.U.M.A. Il comporte des entreprises intéressantes, mais pas toutes. Certaines entreprises consultantes de N.U.M.A. peuvent relever parfois d’entreprises qui peuvent être contestables d’un point de vue social, fiscal ou environnemental. Par exemple dans ces entreprises, on peut avoir “Foodora” dans son modèle d’ubérisation. J’espère bien qu’un jour la Ville assumera de faire une société coopérative d’intérêt collectif pour que l’on puisse s’émanciper de ces prédations.

Je pense à deux lois de soupçon d’évasion fiscale selon un rapport européen. Je pense à “L’Oréal”, je pense à “Total” qui utilise une partie de ses 60 millions d’euros de crédit impôt recherche pour financer ses outils d’aide à la décision pour l’exploration et la gestion des champs pétrolifères. On pourrait continuer comme cela.

Autre question, “DataCity” s’inscrit dans les concepts de ville intelligente. Bien. Là, je me perds un peu dans mes données. Mais qu’en est-il de l’expérience de la Ville, où l’on voulait reprendre l’expérience des “start-up” d’Etat et développer des “start-up” municipales ? Celles-ci permettraient justement de travailler et d’exploiter ces données, mais en réfléchissant vraiment à un service public pour les Parisiennes et les Parisiens.

J’aimerais que vous puissiez nous dire ce qu’il en est. En effet, moi, ce que j’ai vu, c’est que l’application “Le Taxi”, par exemple, qui pouvait à un moment donné être de ce registre des données publiques. Elle a complètement capoté et cela ne marche pas. Cela dysfonctionne, mais tant mieux si cela marche et que c’est moi qui me trompe. Pour l’instant, les échos que j’ai sont extrêmement négatif là-dessus.

Est-ce qu’on peut du coup accélérer la réalisation d’une S.C.I.C. Livreurs à vélo qui va pouvoir aussi utiliser ce type de données en partage ?

J’en reste là mais il me semble important que nos principes politiques soient bien réaffirmés parce qu’il peut y avoir parfois des flous. Et quand il y a un flou, il y a un loup !