Pages Navigation Menu

"À Paris, place au peuple !"

Intervention sur la délibération PCF-FDG : “femmes victimes de violence : hébergement et accès au logement”

 

 

Beaucoup déjà a été dit et tant reste à dire.

 

Je voudrais tout d’abord saluer le travail d’Hélène Bidard, qui dès novembre dernier a lancé la préfiguration de l’Observatoire parisien des violences faites aux femmes. Son rôle est de coordonner les actions de protection et d’accompagnement des victimes, de sensibiliser la population, créer des plans de formation pour les professionnels, établir des diagnostics territorialisés. Dès le premier Conseil de Paris de cette mandature, j’avais présenté un voeu que vous aviez bien voulu adopter en faveur de la création de cet observatoire, qui s’inspire de l’expérience riche du conseil général du 93.

 

Comme le rappellent tous les chiffres cités par la délibération, les violences faites aux femmes sont un enjeu essentiel de notre société révélant la domination patriarcale toujours à l’oeuvre. Oui, c’est l’expression ultime de multiples formes de domination masculine.

 

Le propre d’une domination, c’est qu’elle s’intériorise. Combien de femmes osent dire qu’elles ont été ou qu’elles sont victimes de violence ? Il n’y aurait que 8% des femmes victimes de violence qui oseraient franchir la porte d’un commissariat.

 

Mesdames les conseillères, il est probable que parmi nous nous soyons certaines à avoir été concernées sans avoir osé en parlé. Mesdames et messieurs les conseillers, nous avons toutes et tous dans nos connaissance proches des femmes victimes, qui n’osent en parler. Les violences faites aux femmes touchent tous les milieux, sans aucune distinction sociale.

Leur parole est souvent niée, minimisée, quand elles ne subissent pas un redoublement des violences, voire des violences institutionnelles lors du dépôt de plainte. Le travail engagé de formation et de dispositif particulier et adapté au niveau de la Préfecture de Police et des commissariats est essentiel, mais il est à poursuivre.

Il faut encourager les femmes à parler et à dénoncer les violences. Mais il faut aussi et surtout qu’il y ait des solutions concrètes qui soient offertes aux femmes pour sortir de la situation de violence. Quel intérêt de porter plainte, si c’est pour retourner le soir au domicile partagé avec le conjoint violent ?

 

Les  standards européens en terme d’hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violence établissent la nécessité d’une place pour 10 000 habitant-e-s. Autant dire qu’à Paris nous en sommes loin, très loin.

 

C’est dire tout l’enjeu de cette délibération et en même temps du décalage entre les chiffres annoncés et les besoins ! C’est dire l’étendu du travail que doit engager notre municipalité. Et le budget adopté en décembre dernier ne laisse hélas pas espérer des moyens à la hauteur.

 

Mais nous ne devons pas non plus épargner l’Etat car il en va de sa compétence. Que fait le gouvernement ? Où sont les moyens depuis 3 ans promis concernant l’hébergement d’urgence adaptés aux femmes victimes de violence ?

 

A titre d’exemple, je peux vous dire que lors que j’ai été amené à solliciter la mairie du 20e concernant une femme de ma connaissance, victime, nous étions bien démunies. Plus de places libres dans les dispositifs gérés par les associations. Par contre, et ce fut déterminant pour cette personne, l’accès à un logement social a pu faire l’objet d’un traitement d’urgence et en moins de 3 mois à mon souvenir, cette personne a pu accéder à un logement social correspondant par ailleurs à ses revenus. Mais entre temps, ce fut le réseau informel des solidarité qui joua. C’est dire la grande précarité pour une majorité de concernées. Et il est en effet également très important d’insister sur la situation des femmes en situations de handicap.

L’hébergement d’urgence mais aussi l’accès au logement est un enjeu clé pour les femmes victimes de violence : elles doivent être accompagnées matériellement pour être en mesure de fuir la situation de violence dans laquelle elles se trouvent. C’est en effet la question matérielle qui maintient les femmes dans une situation de violence.

 

Je souhaiterais par ailleurs aborder le traitement médiatique des affaires de violences : il faut arrêter de trouver des excuses aux auteurs de violence. Ce ne sont pas des « drames familiaux » quand un mari tue sa femme et ses enfants… Il faut arrêter de leur trouver des circonstances atténuantes « ne se remet pas de la séparation », « vivait mal le divorce »…Hélas, ces deux dernières années, rien que dans le 20e nous avons connu deux crimes contre des femmes. je ne peux que regretter le grand isolement des militantes féministes quand elles, quand nous, nous avons souhaité essayer d’organiser à la suite des débats, des rencontres, des réactions. Pour ne pas nous taire. Pour ne pas laisser faire.

 

Au delà des mesures essentielles sur l’hébergement, et l’interpellation du gouvernement à ce sujet pour qu’il assume ses responsabilité, le soutien du mouvement féministe sera à poursuivre et à ancrer dans nos quartiers et vous pourrez, Madame Bidard, comptez sur moi.

 

Pour conclure, on ne peut pas penser “lutte contre les violences faites aux femmes” sans penser à leur autonomie financière et matérielle. Proposer des « solutions » d’urgence est on ne peut plus nécessaire. Mais prenons enfin conscience que les femmes sont aussi les premières victimes des politiques d’austérité. Lutter contre les violences faites aux femmes va de pair avec le combat social pour l’égalité des droits.

 

Malgré des moyens très loin d’être au niveau, je voterai cette délibération du groupe PCF Front de Gauche.

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *