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"À Paris, place au peuple !"

Le Conseil de Paris aurait du interpeller le gouvernement sur la rentrée du 11 mai

Le Conseil de Paris aurait du interpeller le gouvernement sur la rentrée du 11 mai

Alors que le plan de déconfinement allait être présenté par le Premier Ministre ce mardi après midi, le conseil de Paris se réunissait en format restreint ce mardi matin. Il rassemblait les maires d’arrondissement, les président.e.s de groupe, quelques adjoint.e.s et la non inscrite que je suis (ils n’étaient pas obligés de m’y convier et je les en remercie de reconnaître la sensibilité politique que j’incarne bien qu’étant seule élue d’opposition de gauche et donc sans groupe). A quoi a servi ce conseil, à quoi aurait-il dû servir ?

(Mon intervention en vidéo à ce lien ici.)

 

La maire de Paris a bien sûr salué la mémoire des victimes parisiennes du Covid-19, rendu hommage au personnel de l’AP-HP et à toutes les personnes du secteur médico-social et plus largement aux victimes et à leurs proches ainsi qu’à toutes celles et ceux qui sont impliqués dans la lutte contre l’épidémie. La maire a également présenté nombre d’actions mises en oeuvre par la ville depuis le confinement et son plan de déconfinement. Je ne remets pas en cause que l’exécutif et les services bossent et font au mieux selon eux, de bonne foi. Mais non seulement ils s’activent avec leur vieux schéma, sans assumer le travail d’intelligence collective et citoyenne mais surtout, se posent en simple gestionnaire, attendant les consignes gouvernementales pour les mettre en oeuvre ou tenter de pallier à leurs nombreuses carences, sans aucunement assumer le rapport de force politique. Sauf qu’à l’arrivée, le bilan risque d’être terrible.

 

Le plan de déconfinement gouvernemental n’a de plan que le nom, tellement il ne saurait masquer l’absence de réelle planification pour faire face à la pandémie : combien de masques et de tests et pour quand ? Combien de places à l’hôtel pour garantir l’isolement des personnes contaminées ? Tout a été fait à l’envers, dans une cacophonie perpétuelle où les ministres ne cessent de se contredire la veille pour le lendemain. Au lieu d’organiser le débat des experts, avec des épidémiologistes, des modélisateurs, etc. pour envisager les différentes hypothèses et les moyens à mettre en oeuvre pour y répondre et donc engager tout l’appareil d’Etat et les outils pouvant s’avérer nécessaire comme les réquisitions et nationalisations et en fonction de l’échéancier possible fixer la date du début du déconfinement, le Président, en solo, en monarque, a fixé la date. Comme si tout allait suivre tout en gardant les logiques libérales d’une main invisible… Au final, la décision d’engager la rentrée scolaire pour le 11 mai tout en la limitant aux écoles maternelles et primaires ‘et sur la base du volontariat, (abandonnant les familles à leur terrible responsabilité individuelle comme pour s’en faire un premier parapluie) montre bien le seul objectif poursuivi : que les parents puissent retourner au travail, les collégiens et lycéens pouvant se garder seuls… le gouvernement s’offre également un second parapluie pour se défausser de sa responsabilité, en s’en remettant aux collectivités locales pour une bonne partie de son plan. Mais ce plan pourrait bien provoquer une reprise de la pandémie pire que la première vague.

 

La maire de Paris, je n’en doute pas, est consciente et lucide sur cette irresponsabilité gouvernementale. Pourtant elle ne le clame pas. Elle n’essaye même pas d’user du poids de Paris, la ville capitale et la tribune que constitue son conseil. Elle ne cherche pas non plus à mettre en place une autre méthode. Et les groupes de la majorité la suivent gentiment en bons élèves, vantant chacun le travail de leurs adjoint.e.s… Quelle sinistre mascarade.

 

Lors de cette séance restreinte du Conseil de Paris, je n’avais que 2 minutes. Bien trop court pour exprimer tout ce que j’aurais souhaité développer (nous avons élaboré 75 propositions dans le cadre de Décidons Paris, et ce travail continue à être enrichi presque quotidiennement !) Sur la méthode, j’ai proposé la création d’un conseil scientifique et citoyen, sanitaire et social car la pandémie ne s’arrêtera pas au 11 mai et j’ai regretté l’absence d’audition d’experts pour introduire et éclairer nos travaux. Nous avions écrit avec Vikash Dhorasoo une longue lettre à l’ensemble des conseiller.ère.s de Paris pour soutenir cette démarche. Il est essentiel de permettre le débat démocratique scientifique et citoyen ! Ce Conseil aurait dû ensuite se tenir sur plusieurs demi journées (et pourquoi pas en visio conférence), afin d’aborder et de confronter les points de vue et les propositions sur différents aspects essentiels : l’aspect sanitaire, l’aspect social, scolaire, du monde du travail. Me remonte quotidiennement le manque d’échange avec les associations de terrain, avec les organisations syndicales pour les conditions de travail mêmes des agents de la ville. L’auto-organisation citoyenne et solidaire a été fortement saluée dans cette séance, mais elle n’est pour autant pas réellement associée aux politiques. Sur les Ehpads, face à l’omerta qui semble y régner qu’il s’agisse des ehpads publics ou privés, n’est-ce pas une évidence que nous aurions besoin de mobiliser les familles des résidents et les organisations syndicales des salariés dans une instance démocratique pour que la ville n’ait pas que les échos des directions ou les seules évaluations (ou absences d’évaluations et de contrôle ?) du CASVP (Comité d’action sociale de la ville de Paris) et de l’ARS (Agence régionale de santé) ? Combien de morts aurions-nous pu éviter chez nos aînés si nous avions organiser la possibilité d’alerte citoyenne et syndicale ? Idem pour les personnes âgées suivies par des aides à domicile ou l’hécatombe semble terrible mais dans un silence assourdissant…

 

Je le rappelle, ce conseil se tenait le jour même de la présentation du plan du Premier Ministre. N’y avait-il pas matière à interpeller le gouvernement ? Est-ce que cela n’aurait pas été utile et nécessaire ? Mais l’objectif de l’exécutif était de présenter un voeu consensuel, pouvant être adopté par toutes les composantes politiques du conseil, majorité gouvernementale comprise… Pourquoi ? Pourquoi était-ce si important de s’imposer l’union nationale et du coup de s’abstenir d’interpeller le gouvernement sur les moyens qu’il compte mettre en oeuvre pour qu’on ait suffisamment de masques et de tests pour préparer ce déconfinement ? Pourquoi s’abstenir de l’interpeller sur la nécessité de reporter la rentrée scolaire en septembre, conformément aux préconisations initiales mêmes du conseil scientifique ? Des vies sont en jeu ! La maire de Paris portera pourtant sa part de responsabilité au vue de sa fonction si cette reprise provoque de nouvelles contaminations chez les enfants, dans leurs familles ou chez les professionnels intervenant dans les établissements scolaires. J’ai proposé que le vœu présenté intègre une interpellation du gouvernement afin qu’il reporte la rentrée scolaire à septembre. Mais je n’ai eu aucune réponse et je me suis donc abstenue. Au final, les groupes macronistes se sont abstenus estimant nécessaire d’attendre le plan du gouvernement et la droite ne l’a pas voté, Rachida Dati reprochant l’insuffisance de co construction des politiques municipales avec les maires d’arrondissement (bien qu’à ce niveau soient organisés des points quotidiens en visio avec les maires mais elle serait la seule à ne pas y prendre part…)

 

Bref, ce fut un conseil pour rien. J’enrage. Paris n’a pas été à la hauteur.
Paris aurait un tout autre rôle à jouer face à la gravité de la situation. Soyons toutes et tous impliqués pour une unité d’actions contre le virus, mais refusons l’unité nationale qui équivaut à se soumettre à un silence complice des erreurs criminelles du pouvoir macroniste.

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