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"À Paris, place au peuple !"

Au sujet des Biffins de Belleville et d’ailleurs

Mme Danielle SIMONNET. – Mes chers collègues, puisque cette délibération parle d’abord de l’association Aurore, disons tout de même que le travail réalisé vis-à-vis des Biffins de la porte de Saint-Ouen est extrêmement important et j’invite vraiment tous les collègues à regarder tout le travail que fait l’association Aurore sur le carré des biffins et, bien évidemment, le groupe Communiste et des élu-e-s du Parti de Gauche soutient pleinement cette délibération, mais soyons conscients qu’on ne peut pas limiter notre action en faveur de la régulation des “marchés de la misère” à l’unique carré des biffins de la porte de Saint-Ouen. D’abord parce que la répression de la revente d’objets usagers à Belleville, à la porte de Montreuil et à la porte de Vanves provoque un tel afflux à la porte de Saint-Ouen qu’elle met en péril un projet qui marche et, vraiment, allez sur la porte de Saint-Ouen pour comprendre, discutez avec l’association Aurore, discutez avec les militants de l’association “Sauve qui peut”, rencontrez également les policiers qui sont là-bas présents, ils vous diront, comme ils me l’ont dit, que la création de nouveaux espaces autorisés à Paris pour la biffe est nécessaire et urgent.

Ensuite, parce qu’il est urgent de sortir du statu quo à Belleville comme à la porte de Montreuil. Oui, la situation est devenue invivable pour les riverains et les commerçants. Le nombre de revendeurs et d’acheteurs est devenu très conséquent, même s’il ne sert à rien non plus de grossir les chiffres et ce chiffre va, par ailleurs, augmenter du fait de l’aggravation de la crise.

Bien sûr, vous retrouverez peu de biffins revendiquant la tradition historique que la commémoration de la commune de Paris ferait bien de se rappeler aux bons souvenirs. Oui, dans ces marchés, on retrouve des retraités aux trop faibles pensions, des travailleurs si précaires qu’ils ont besoin de compléter leurs revenus, comme d’autres font des vide greniers de façon plus épisodique, et puis il y a également des sans-papiers, des Roms, qui se retrouvent exclus, discriminés, sur le marché du travail.

La situation est devenue invivable, car la répression comme unique solution proposée par la Préfecture de police, saluée hélas par les quatre maires socialistes de Belleville, ne résout rien. Reconnaissez-le, mes chers collègues, c’est un échec total !

La brigade spécialisée fait bien des interventions, confisquant les maigres objets proposés à la vente par certains. Elle fait fuir la foule d’acheteurs et de revendeurs pour une heure au plus, et puis, dès que c’est possible, ces derniers reviennent et se réinstallent, avec toutes les tensions, avec la dégradation de la propreté sur la voie publique que cela engendre, avec aussi toute l’humiliation et toute la violence symbolique sur l’ensemble, à la fois des revendeurs et des acheteurs.

Alors oui, comme cela a été dit précédemment, la maire du 20e, devant l’exaspération légitime d’une partie des habitants, a cru bon d’en rajouter, d’inciter la population à partir en manif devant la Préfecture pour revendiquer cette fois-ci des C.R.S. en grand nombre. A-t-on conscience de l’impact de tels discours si méprisants des plus pauvres que soi, de cette incitation au rejet, de cet encouragement à revendiquer toujours plus de répression ?

Sauf erreur de ma part, mes chers collègues, nos trois groupes de la majorité sont opposés à la loi L.O.P.P.S.I. 2 qui prévoit par ailleurs 3.750 euros d’amende à l’encontre des revendeurs et aussi des mois d’emprisonnement avec sursis. Nous y sommes tous opposés.

Alors si on demande que les C.R.S. viennent et que cela ne marche pas, l’étape d’après, ce sera quoi ?

Bien sûr, elle a eu dans ce conseil de quartier que l’on m’a raconté un écho très favorable des présents, mais sur quoi jouons-nous ? La peur du déclassement des classes populaires qui, face à l’aggravation de la crise, ont peur de se retrouver dans des situations plus dégradées et précaires encore ? Oui, le mécanisme réactionnaire exploité par la droite et l’extrême-droite pour encourager le racisme, la peur de l’autre et le souhait de mesures autoritaires et liberticides jouent justement sur les ressorts de la peur du déclassement des classes populaires.

Alors, mes chers collègues, sortons de cette engrenage ou ceux qui les encouragent porteront la responsabilité de la montée du vote FN dans les quartiers populaires et personne ici ne le souhaite, personne ! Mais surtout, parce que cette fuite en avant sécuritaire ne donnera rien, c’est ce statu quo qu’il faut changer, en se mettant enfin à travailler et à réfléchir avec tout le monde aux solutions alternatives qui existent.

J’avais demandé en 5e commission qu’une réunion sur le carré des biffins soit organisée, elle avait été programmée, puis annulée du fait d’une réunion entre les maires d’arrondissement et des associations triées sur le volet ; pourquoi ?

Nous pouvons et nous devons créer des espaces régulés, carré des biffins ou autres, de petite taille, mais en plusieurs endroits, afin de limiter les dégradations de l’espace public provoquées par l’inorganisation et l’afflux trop nombreux et concentré. Nous devrons utiliser les moyens débloqués par la Ville et la Région pour des expérimentations différenciées et permettant un vrai travail social sur chaque catégorie concernée.

Il est de la responsabilité des élus d’organiser, de réguler, d’encadrer, d’accompagner ce qui se passe sur le territoire qu’ils ont en responsabilité.

Nous soutenons, bien sûr, les projets de ressourceries, mais ils ne peuvent constituer l’unique réponse.

Des Villes comme Toulouse, mes chers collègues, viennent de suivre l’exemple du 18e, donc il est temps que les arrondissements de Belleville et communes de l’est parisien s’en inspirent enfin.

Alors, pour terminer, sachez qu’il y a un collectif de soutien aux biffins qui a été créé, qui regroupe des biffins, des habitants, des conseillers de quartier, des partis ; évidemment, comme ceux de notre majorité, mais également des chercheurs, des travailleurs sociaux et des associations, et ce collectif travaille déjà à des propositions concrètes ; étudions-les.

J’aurais aimé m’adresser au Maire de Paris ; je sais qu’il approuve l’expérience du 18e, je sais qu’il y tient. Il est urgent que nous puissions ensemble convaincre les maires de Belleville de sortir de cette impasse, de ce statu quo et qu’on mobilise enfin l’ensemble des acteurs concernés, toutes les composantes de la majorité, les différents territoires concernés, y compris des villes limitrophes, pour se mettre enfin à travailler aux solutions concrètes.

Je vous remercie.

Mme Danielle SIMONNET.
– Très rapidement.

Le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche votera la proposition de vœu de l’Exécutif avec les mêmes arguments expliqués précédemment, c’est-à-dire que nous ne votons pas les considérants sur lesquels nous émettons plus que des réserves.

Par contre, nous votons les propositions étant donné qu’elles permettent enfin d’organiser une réunion qui va permettre d’étudier les propositions et que, dans les propositions, enfin, pour une fois, la question des solutions alternatives comme celles expérimentées dans le 18e ou à Toulouse ne sont pas exclues des alternatives à étudier.

Voilà la raison pour laquelle on votera ce vœu